Syndicat des Journalistes de la Presse Périodique

Une sélection de notre confrère Jean-Claude Santier

Le Second Empire au musée d'Orsay, Bernard Teiling, Vadim Gluzman, Elaine Sciolino...

Le Second Empire au musée d'Orsay

Pour célébrer ses 30 ans à l'automne 2016, le musée d'Orsay se penche sur le Second Empire des spectacles et de la fête et des différentes "scènes" où s'est inventée notre modernité. Le parcours thématique, où se côtoient peintures, sculptures, photographies, dessins d'architecture, objets d'art, bijoux, brosse le portrait d'une époque foisonnante, brillante et riche en contradictions, nous ouvre les yeux sur cette époque.
Alors que le baron Haussmann bouleverse la capitale, l'assainit, l'agrandit, le chef de l'état Napoléon III tient à associer les Parisiens à l'embellissement de leur ville. Colossal chantier qui paraît sans fin !  Chaque fois que s'ouvre une gare, chaque fois que se perce un boulevard, une inauguration est organisée en fanfare. On élève des arcs de triomphe et autres décors éphémères. on donne des bals publics. la façade de l'Opéra de Charles Garnier est dévoilée en grande pompe en 1867, avant même qu'il soit terminé face arrière. c'est déjà la société du spectacle dont nous évoquons ici l'attrait pour "l'art comptant pour rien (contemporain)". La bourgeoisie triomphante, elle aussi est en représentation. enrichie dans la spéculation immobilière et bancaire, elle a besoin de paraître. Elle commande des portraits, fait édifier des demeures à l'opulence démesurée. La bourgeoisie démultiplie à l'infini son reflet par le portrait peint, sculpté ou déjà photographié, la décoration et l'aménagement des intérieurs, écrins de cette société nouvelle font l'objet d'un soin particulier où sont présentés objets de collection et mobilier flambant neuf.
"Cette société cultive le goût des tableaux vivants, travestissements et bals costumés, où les identités s'effacent, où le monde et le demi-monde intriguent et se mêlent". "Lieu de reconnaissance officielle ou du scandale, le Salon de peinture et de sculpture est à la fois un champ de bataille esthétique et un grand marché pour le nouveau public bourgeois qui s'y presse en nombre". Enfin, c'est aussi "la mise en scène face à l'Europe des expositions universelles en 1855 et 1867 à Paris où l'Empire brille de ses derniers feux".
Pour compléter cette visite le catalogue de l'exposition vient en appui pour comprendre toutes les dimensions d'un régime décrié en son temps et honni après sa chute. Ce fut pourtant une grande période de création, de modernisation au cours de laquelle s'est formée une Nouvelle France.

Faire de son existence une œuvre d'art

Qui n'a jamais caressé ce rêve ou nourri ce projet de faire de sa propre existence une œuvre d'art, de la concevoir comme une création originale dont on serait à la fois l'auteur et le héros des deux côtés de l'Atlantique ? De prendre la vie comme un matériau pour se sculpter, se façonner, atteindre une forme de perfection?
Bernard Teiling est cet auteur singulier de cette seconde vie d'artiste suivant ses plus hautes fonctions dans le monde industriel. D'une humilité rare de nos jours, l'artiste peint des oeuvres de l'ironique et du fantastique, porté sur des sujets très différents: le cirque, la danse, et la mythologie aux défis scientifiques. Le torrent imaginatif du peintre propose une galerie d'images à l'infini, peuplée de silhouettes d'animaux, de formes stylisées biomorphiques et filiformes, flottantes, rappelant un peu l'art de Miro.
Les lignes et les formes légères, dépourvues de volume, en une seule dimension, se succèdent dans des scénarios de couleurs homogènes, dans un répertoire iconographique et stylistique qui, au premier regard semble suggérer un sentiment d'insouciance. Il devient en réalité après explication,signification, expression délicate subtile, sensible, de la joie de vivre face au visage tragique de l'existence.
De fait, à travers son style authentique et direct, Bernard Teiling nous donne à voir sa façon d'explorer les mystères de l'existence, et fort de ses connaissances encyclopédiques, il aborde même les grandes questions scientifiques. Ses tableaux qui font partie de la collection "Onedee World" une série centrée sur l'une des théories les plus complexes de la physique quantique et de la théorie des cordes, alors que la première vision de ceux-ci semble suggérer un sentiment de légèreté de jeune fille
Il faut profiter de sa venue en Europe car c'est un être rare, qui est autant artiste que scientifique, et de son oeuvre énigmatique de nature d'ingénieur,de conférencier universitaire, de "puits de science" apparait avoir une touche ésotérique de Dali, de Spiridon, un de ses meilleurs amis, de Di Maccio, et sa prochaine exposition se déroulera juste après pendant plusieurs mois à New York.
Ne dit-il pas "un dessin n'est rien d'autre que la passerelle entre l'âme de l'artiste et celle du spectateur" et "ce qui fait la valeur d'un tableau est précisément ce que l'on est incapable de dire sur le sujet".

Le vernissage de celle-ci a lieu le 2 décembre  2016 à Galleria 360-Via II Prato 11R-Firenze, Toscana 50123 ITALY au 9 janvier 2017

Une rentrée russe

La rentrée se place résolument sous le signe du répertoire russe pour Vadim Gluzman figure majeure du violon de ce début du siècle, que ce soit sur le plan discographique avec la sortie des Concertos pour violon solo 1 et 2 et la Sonate pour violon solo avec l'Orchestre Symphonique National Estonien de Tallinn sous la direction de Neeme Järvi (BIS2142-SACD) enregistrement absolument magnifique sous l'un des chefs d'orchestre les plus réputés, qui a reçu des récompenses à travers le monde, et a été nommé Estonien du siècle, membre de l'Académie Royale de musique de Suède.
On doit à Vadim Gluzman une remarquable version de ces sonates pour violon et piano avec Angela Yoffe et l'on guettait avec impatience cet enregistrement de ses deux concertos. L'attente est comblée avec ce disque qui vient de sortir avec Neeme Järvi.
Il fera date par le lyrisme, la poésie, l'intensité d'une conception où l'imagination sonore et la virtuosité d'un archet héritier de la grande tradition des XIXe et XXe sièclee sont surtout au service de la musique.
Quant à la trop rare Sonate pour violon solo Opus 115, elle dévoile toutes ses richesses, servie par la beauté du Stradivarius joué par ce Vadim Gluzman. Grâce à son talent artistique il poursuit la grande tradition des violonistes qui se produit à travers le monde à Boston, Chicago, Londres, Leipzig, Cleveland, et d'Israel.
En concert à Toulouse avec l'Orchestre National du Capitole de Toulouse le 24 Novembre, il nous a donné à entendre le sublime du violoniste virtuose qui nous laisse ivre de plénitude
Le public de la Philharmonie de Paris aura pour sa part la joie d'entendre ce rare violoniste le 14 décembre aux côtés de l'Orchestre de Paris sous la baguette de Juraj Valcuha dans le deuxième concerto de Prokofiev , et la prochaine date parisienne sera le 24 mars 2017 à l'Auditorium de Radio France.

Elaine Sciolino, Rue des Martyrs

Elaine Sciolino, grand reporter, notamment au Moyen Orient, et chef du bureau parisien du New York Times, écrit pour sa rédaction de New York des chroniques pour le quotidien new yorkais, en particulier sur les Français et la vie à Paris. Auteur de plusieurs autres livres, c'est le premier qui soit traduit en français et édité chez Exils, les autres, The Elusive face of Iran, The outlaw State: Saddam Hussein's Quest of power and the Gulf Crisis ont été ses plus grands succès mais elle a aussi écrit How the French play of game of life, Persian Mirrors.
C'est en vivant à Paris depuis 2002, où elle se sent chez elle, et connait les noms des gens, le nombre de leurs enfants, leurs maladies, qu'elle est entrée dans le cercle des intimes.
Elle a la trempe d'une véritable journaliste, reporter, grand reporter. c'est une observatrice  aigüe et infatigable de cette vieille rue commerçante de Paris, qui se penche sur cette rue de près d'un kilomètre de long, pas plus longue que la 5e avenue.
Elle la dépeint comme celle d'Amélie Poulain : des librairies, des petits commerces de bouche. Elle nous décrit son ressenti au travers d'histoires  de cette dernière rue de Paris, où l'on peut prendre un expresso au comptoir, respirer l'odeur des baguettes de la dizaine de boulangeries, découvrir des lieux historiques, rencontrer des gens, voir chaque matin une jeune femme bien comme il faut se rendre à son boulot dans un cabinet de massage, dont chacun sait qu'elle n'offre pas que des massages, des nounous venus de pays lointains qui déposent des enfants dans les crèches, un musicien qui la guitare en bandoulière s'en va chanter à Montmartre, comme Michel Polnareff, Johnny Halliday, Jacques Dutronc, Eddy Mitchell qui vécurent dans ce quartier.
Les acteurs de la rue jouent des saynètes, il y a Kamel, le marchand de fruits et légumes, le bar tenu par Mohamed Allili, dit Momo, les petits artisans et commerçants traditionnels.
L'esprit de la rue des Martyrs est pour Elaine, qui a une formation d'historienne, est chargé d'histoire : une crypte sur le terrain où Saint Denis aurait été décapité, mais aussi là où Renoir a peint les acrobates du cirque, Zola y trouva l'inspiration de Nana, Truffaut y tourna plusieurs scènes des Quatre cents coups, sans oublier le cabaret de Michou, promoteur de la scène contemporaine depuis les années 1950. Michou accueille gratuitement une fois par mois dans son cabaret pour un repas spectacle plus de quatre vingt habitants âgés du quartier. Peu de gens le savent, et en discutant avec lui il y a une vingtaine d'années, avec mon amie Mick Micheyl,  il m'avait confié qu'à la mort de sa grand-mère il avait fait le voeu que s'il réussit dans sa vie il honorera sa mémoire en aidant les vieilles personnes.
Elaine reprend cette confession et argumente par son immense connaissance encyclopédique qu'Il fut un temps où des clubs comme celui de Michou où le spectacle, le sexe, l'alcool, les truands, les gangsters corses règnaient sur cette rue où Toulouse-Lautrec, Van Gogh, Picasso, Dali ont tous peints des scènes.
Ce premier de ses livres traduit en français montre bien son esprit curieux et passionné, et elle explique combien les Américains sont séduits par Paris, pour les grandes oeuvres d'art, les lieux où ont vécu Victor Hugo, Zola, Dumas, Hemingway, Hector Berlioz, Sarah Bernhardt, Jacques Offenbach, Georges Sand, Guy de Maupassant, Edouard Manet, Gustave Doré, Courbet, Franz Liszt, Richard Wagner, Charles Baudelaire, Jules Verne et la mère de Mozart, c'est une ville, un pays où l'on dépose ses rêves, dans cette rue des Martyrs qui a conservé son esprit village.
Elaine est une vraie conteuse d'histoires. Elle aime écouter et partager,  et donne l'envie d'aller faire un tour dans ce quartier populaire devenu branché., elle parcourt cette rue chargée d'histoires, pleine de vie, c'est comme une déclaration d'amour écrite avec passion. Un véritable coup de coeur qui dure depuis presque quinze ans puisqu'elle y vit. Elle conclut en disant que, pour une étrangère comme elle, c'est formidable de s'y sentir comme chez soi, en cette France où on entre pas facilement dans le cercle des intimes.

Jean Delville

Interrogez autour de vous, c'est simple "Delville, connais pas!". Mais si vous évoquez Le portrait de Madame Stuart Merill, l'Ecole de Platon, l'Amour des Ames, alors chacun s'exclame "Ah oui bien sur".
Bref, l'oeuvre demeure et elle classe Delville parmi les grands peintres symbolistes. Mais l'homme a disparu. En réalité, l'oeuvre de Delville a été prise en otage, par lui-même, personnage brillant, mais difficile et qui pratique "l'art délicat de se faire des ennemis". Ses descendants ont modelé une version officielle de sa vie tumultueuse, appréciant peu son abandon familial à 67 ans pour une jeune étudiante.
Daniel Guéguen, professeur au Collège d'Europe, collectionneur, a rassemblé un important fonds documentaire qui constitue un "corpus inappréciable" pour qui veut comprendre Delville poète, écrivain, et théoricien, élève de Jean-François Portaels, peintre belge comme lui réaliste qui expose pour la première fois en 1885. Il publie ses poèmes en 1888, et commence sa carrière par des dessins inspirés des opéras de Wagner Parsifal notamment en 1890.
En 1896,  il fonde l'Association Pour l'art qui rassemble la plupart des symbolistes belges et organise le premier salon de l'art idéaliste. Puis, il enseigne à la School Art de Glasgow, et en 1924, il fut nommé membre de la classe des beaux-arts de l'Académie royale de Belgique, et y enseigne jusqu'à 1937.
Toute la peinture de Delville, de même que ses poèmes, est inspirée d'occultisme dans les sujets, la forme, les couleurs, les symboles. Le livre de Daniel Guéguen s'inscrit dans la découverte d'un fort courant artistique mêlant esthétisme, ésotérisme dont Jean Delville est l'un des principaux tenants avec les autres symbolistes belges (Rops, Khnopff), les Nabis et, plus tard les surréalistes.
La période allant de 1890 à 1914 est sans nul doute sa meilleure période. Si brillant intellectuellement et si cultivé il va se consumer dans cette cause improbable avec force publications, livres, journaux, et conférences.
Vitalité est le mot qui le qualifie le mieux : 24 de ses 27 conférences furent publiées dans les bulletins de l'Académie, vitalité comme peintre avec une créativité retrouvée et une inspiration  et une imagination art déco très étonnante, vitalité enfin comme citoyen-résistant à l'occupant allemand exposant sous son nez des oeuvres délibérément provocantes au regard des standards esthétiques nazis.
Il va également écrire un opéra lyrique Zanoni qui se compose d'un manuscrit de 150 pages et de 10 dessins composant des projets de décors en vue de la présentation théâtrale de l'oeuvre.
Bref, Delville, la contre-histoire nous redonne l'envie d'en savoir plus sur ce peintre qui n'est connu que superficiellement comme guerrier de l'Art, théosophe, auteur, critique d'art, polémiste, professeur. Il est urgent de découvrir l'un des plus grands artistes de son temps.

Droits photographies :
- Pour la couverture : © Lienart éditions
- Pour le Portrait de Madame Stuart Merrill © Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique / J. Geylens
- Pour la Roue du monde : © Art in Flanders vzw / Hugo Maertens

Oscar Wilde, L'impertinent absolu

La première grande exposition consacrée au célèbre écrivain Oscar Wilde, né à Dublin en 1854, et mort à Paris en 1900, reposant au Père-Lachaise où Jacob Epstein lui a édifié un monument funéraire en forme de sphinx, montre l'attachement qu'il a toujours eu envers notre nation.
Ce n'est pas son petit fils Marlin Holland qui me démentira. Nous avons évoqué ce sujet lors de notre déambulation dans ce parcours de l'exposition qui comprend les années de formation de 1854 à 1881 à Dublin, Oxford, et Londres, puis Oscar Wilde est montré dans ce cheminement comme critique d'art à la Grosvenor Gallery, institution londonienne destinée à promouvoir les artistes de l'Aesthétic Movement face au conservatisme de la Royal Academy, la troisième grande salle nous montre sa conquête de l'Amérique en 1882,et ensuite Paris-Londres de 1883 à 1889, les années créatives de 1890 à 1895 du portrait de Dorian Gray, son seul et unique roman, à L'Importance d'être constant, un des sommets de la création théâtrale, Salomé femme fatale fin de siècle fut l'objet de la création de Wilde, avant son procès, la prison et l'exil.
Malgré sa mort à Paris, le centenaire de sa disparition n'a pas été commémoré, et pour cette grande première parisienne parisienne, le Petit Palais retrace la vie et l'oeuvre de ce parfait francophone et ardent francophile à travers un ensemble de plus de 200 pièces rassemblant des documents exceptionnels, inédits pour certains, manuscrits, photographies, dessins, caricatures, effets personnels et tableaux empruntés en Irlande, en Angleterre, bien sûr, dans les musées français, mais aussi venus des Etats-Unis, du Canada, d'Italie et puisés dans de multiples collections privées étrangères. Esthète, dandy, expert en provocations et mots d'esprit, Oscar Wilde fut un immense homme de lettres : critique d'art, dramaturge, romancier et poète. Jusqu'au 15 janvier 2017.

L'Art de la Paix. Secrets et trésors de la diplomatie

Cette exposition ambitieuse et inédite à l'Art et à la Paix est dans l'air du temps, puisque quarante traités et une soixantaine de documents sont présentés pour la première fois au public, accompagnées de sculptures, mobilier, objets d'art précieux, et près de 200 oeuvres jalonnent le parcours  de l'exposition autour de cinq sections thématiques, avec des objets exceptionnels comme la Table de Teschen dite Table de la Paix récemment acquise par le Louvre, la chambre des trésors dévoile des documents exemplaires, somptueux, et vous pourrez admirez les caricatures de Daumier les oeuvres de Monet, de Picasso,de Vassili Verechtchaguine, d'Henri Rousseau. L'art de la guerre ne doit pas faire oublier celui de la Paix, idéal qu'il convient de célébrer en ces temps troublés où notre société se délite. Jusqu'au 15 janvier 2017.

Albert Besnard-Modernités belle époque

Albert Besnard , comblé d'honneurs et de charges (membre de l'Académie des Beaux-Arts en 1912, directeur de la Villa Médicis de 1913 à 1921, reçu à l'Académie Française en 1924, directeur de l'Ecole des Beaux -Arts de 1922 à 1932) fut le premier peintre auquel la République fit l'honneur de funérailles nationales, bien avant Georges Braque.L'exposition montre l'immense coupole dont Besnard décora l'immense coupole du vestibule du Petit Palais, Près de 200 oeuvres nous montrent l'itinéraire de ce peintre moderne par la hardiesse de ses coloris et la richesse de son inspiration, son symbolisme actif, il fut le chantre des courbes de la femme 1900, portraitiste, décorateur, pastelliste virtuose et excellent graveur. Jusqu'au 29 janvier 2017.
A noter pour en savoir davantage que de magnifiques catalogues d'exposition sont en vente pour garder ces impérissables souvenirs de votre visite.

Musée des Beaux Arts de la Ville de Paris - Petit Palais, Avenue Winston Churchill 75008 Paris.

Jean-Claude Santier